Opération Barkhane: pourquoi un retrait des forces françaises n'est pas envisagé

L'opération Barkhane qui mobilise 4500 soldats interroge régulièrement de par son efficacité, mais est en réalité un dispositif stratégique primordial.

La mort lundi soir de treize militaires français engagés dans l'opération Barkhane au Mali après une collision entre deux hélicoptères soulève la question de la nécessité d'un tel engagement de la France. À l'image des députés de la France insoumise qui, au lendemain de l'annonce de ce bilan - le plus lourd pour l'armée française depuis 36 ans et l'attentat du Drakkar au Liban qui avait coûté la vie de 58 hommes - ont appelé le gouvernement "à ouvrir une discussion sérieuse et rationnelle pour envisager les voies de sortie".

Initialement lancé en 2014 sous le nom de "Serval" par François Hollande, ce dispositif militaire vise à contrer la progression de groupes djihadistes dans la région depuis cinq ans. Et il n'en a pas moins été régulièrement critiqué. D'autant que depuis le mois de septembre, 170 soldats maliens et burkinabés ont perdu la vie sur le terrain, ainsi que quatorze soldats français depuis le début du mois de novembre.

Le ministère des Armées indique que la France remplit trois missions dans le cadre de Barkhane : "démanteler les caches" d'armes et d'explosif des groupes terroristes et empêcher les ravitaillements, mettre en place un "partenariat militaire opérationnel" avec les cinq pays concernés par l'opération que sont la Mauritanie, le Mali, le Niger le Tchad et le Burkina-Faso (appelé le G5 Sahel) et "agir au bénéfice de la population", en permettant par exemple l'adduction d'eau.

"Barkhane ou le chaos"

Si certains évoquent la nécessité de sortir de cette "guerre" au Mali, le Premier ministre Edouard Philippe a tranché en qualifiant d'indispensable l'action militaire au Sahel, car il y va de "l'intérêt de notre pays". Mardi la ministre des Armées, Florence Parly, a plutôt esquivé le sujet en rétorquant devant la presse que "l'heure n'est pas au questionnement sur le bien-fondé ou pas de cette opération", mais bien "au recueillement".

Pourtant, il ne fait pas de doute que la ministre fasse bloc derrière le chef du gouvernement. A dix reprises déjà, elle s'est déplacée sur la zone en question depuis sa prise de fonction. "C'est un combat dans lequel il faut faire preuve de patience. Notre engagement au Sahel est et reste une priorité pour la France, affirmait Florence Parly début novembre. Nous mettrons du temps à vaincre ces groupes qui prospèrent sur les difficultés sociales et économiques des pays sahéliens." Au Sahel, "ce sont les fondations mêmes de tout l'édifice de sécurité que nos militaires aident à reconstruire et à consolider, poursuivait-elle. C'est la résilience de toute une armée, la sûreté de toute une région, aussi étendue que l'Europe."

"L'opération Barkhane est l'une des opérations les plus déterminantes. Cette mission engage un effectif de quelque 4500 hommes, avec un objectif d'ordre tant tactique que stratégique et diplomatique", explique l'auteur du Dictionnaire des opérations extérieures de l'armée française, Philippe Chapleau. Soit plus de la moitié des effectifs français en opérations extérieures.

Comme l'a expliqué mercredi matin au micro de France Inter le chef d'Etat-Major des armées, François Lecointre, la France n'est pas engagée seule dans cette opération : "Ce n'est pas une conquête coloniale, nous sommes avec des alliés et des partenaires. Ce n'est pas la seule sécurité de la France qui est engagée, c'est celle de l'Afrique, de l'Europe", a-t-il affirmé.

Michel Goya, ancien colonel et historien de la guerre analyse lui aussi pour l'Express différents enjeux stratégiques de cette présence. Outre les intérêts économiques et le fait que la France compte nombre de ressortissants au Sahel, selon lui, la question serait avant tout politique : "Le pays n'a aucun intérêt à ce que l'Afrique de l'Ouest soit déstabilisée. Si la France se retirait, les choses seraient encore pires. L'opération paraît bloquée, mais sans, ce serait le chaos", assure l'ancien officier.

L'impossible retrait d'une opération déterminante

Pour François Lecointre, "cette tragédie ne peut pas être une remise en cause de notre engagement". Un retour à la maison signerait en effet une défaite pour l'Occident aux yeux de cette région et particulièrement de l'Afrique et du Moyen-Orient et verrait grandir le risque d'une recrudescence des groupes terroristes dans ces pays mais pas seulement : "Ce n'est pas parce qu'il y a des morts, que notre action n'a pas de sens, a développé le chef d'Etat-Major. On évite que cette hydre ne continue de produire un effet de contagion dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest et représente de vrais dangers pour nos pays européens". Car abandonner ces pays à leur sort serait bien prendre un risque pour nos intérêts.

Par ailleurs, Michel Goya met en avant un autre aspect clé de cette opération qui permet de "former les armées locales à ce que fait l'armée française pour espérer, à terme, qu'elles soient autonomes. L'Etat malien est très fragile, l'armée n'est pas efficace, d'où l'importance cruciale de la France".

Lors de son voyage en mai auprès des forces françaises au Mali, Emmanuel Macron l'avait affirmé : "L'opération Barkhane ne s'arrêtera que le jour où il n'y aura plus de terroristes islamistes dans la région". Alors que la situation sécuritaire sur place ne cesse de se dégrader et que la présence de la France de plus en plus contestée par les populations locales, ces nouvelles pertes pourraient tout de même entraîner dans les prochains jours une "reprécision" du rôle de la France dans Barkhane, selon le chef de l'Etat.

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